#Cyberharcèlement au Maroc : que dit la loi et comment agir ?
Le cyberharcèlement peut prendre de nombreuses formes : insultes répétées, menaces, chantage, usurpation d'identité, faux profils, diffusion de photographies ou de vidéos sans consentement, publication d'informations personnelles ou campagnes de dénigrement.
Au Maroc, ces comportements ne relèvent pas nécessairement d'une seule infraction. Leur qualification dépend notamment de la nature des faits, du contenu diffusé, de la manière dont il a été obtenu et du contexte dans lequel il a été utilisé.
Comprendre le cadre juridique applicable et préserver correctement les éléments disponibles constitue donc une première étape essentielle.
Qu'est-ce que le cyberharcèlement ?
Le terme « cyberharcèlement » désigne généralement des comportements hostiles ou répétés utilisant des moyens numériques pour atteindre une personne.
Il peut notamment s'agir :
- de messages insultants, menaçants ou humiliants répétés
- de campagnes de dénigrement
- de création de faux comptes ou profils destinés à nuire
- de diffusion de photographies ou vidéos privées sans autorisatio
- de publication d'informations permettant d'identifier ou de localiser une personne
- de chantage fondé sur des photographies, vidéos ou informations personnelles
- d'usurpation d'identité numérique
- de diffusion de contenus falsifiés ou de montages portant atteinte à une personne.
Ces situations ne correspondent pas toutes à la même qualification juridique. Il est donc important de décrire précisément les faits plutôt que de se limiter au terme général de « cyberharcèlement ».
Quel est le cadre juridique au Maroc ?
Il n'existe pas nécessairement une qualification juridique unique couvrant toutes les situations regroupées sous le terme de cyberharcèlement.
Selon les circonstances, plusieurs dispositions du droit marocain peuvent être concernées.
Les atteintes à la vie privée
Le Code pénal marocain prévoit notamment des dispositions relatives à l'interception, l'enregistrement, la diffusion ou la distribution de paroles ou d'informations relevant d'un cadre privé ou confidentiel sans le consentement de leurs auteurs.
Il prévoit également des dispositions concernant la capture, l'enregistrement, la diffusion ou la distribution de la photographie d'une personne se trouvant dans un lieu privé sans son consentement. Certaines de ces dispositions ont été introduites dans le cadre de la loi n° 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes.
D'autres dispositions concernent notamment la diffusion de montages utilisant les paroles ou l'image d'une personne.
La qualification applicable dépend cependant des circonstances précises : nature du contenu, manière dont il a été obtenu, contexte de sa diffusion et consentement éventuel de la personne concernée.
La loi 09-08 et les données personnelles
La loi n° 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel encadre l'utilisation de données permettant d'identifier directement ou indirectement une personne.
Ce cadre peut notamment concerner la collecte, l'utilisation ou la diffusion de données personnelles telles que des informations d'identification, des images ou des enregistrements.
La Commission Nationale de contrôle de la Protection des Données à caractère Personnel (CNDP) veille au respect de cette réglementation et propose notamment un mécanisme permettant aux personnes concernées de déposer une plainte.
Une atteinte pénale à la vie privée et une question relevant de la protection des données personnelles ne se confondent toutefois pas nécessairement. La démarche appropriée dépend donc des faits.
Que faire en cas de cyberharcèlement au Maroc ?
La première précaution consiste à ne pas supprimer immédiatement les éléments permettant de documenter les faits.
1. Préserver les preuves
Conservez notamment :
- les captures d'écran des messages et publications
- les captures des profils concernés
- les URL des publications ou des comptes
- les courriels et messages reçus
- les photographies ou vidéos concernées
- les dates et heures lorsqu'elles sont disponibles
- les conversations complètes lorsque leur exportation est possible
- tout élément permettant de replacer les messages dans leur contexte.
Une capture d'écran isolée ne permet pas toujours d'établir l'ensemble des circonstances. Lorsque les faits peuvent donner lieu à une procédure, conservez également les éléments originaux et évitez de modifier ou supprimer les conversations concernées.
2. Établir une chronologie
Lorsque les faits se répètent, établissez un relevé simple :
Date → plateforme → compte concerné → nature du contenu → action effectuée.
Cette chronologie permet de présenter clairement une succession d'événements et de distinguer un incident isolé d'une série de faits.
3. Signaler les contenus
Les principales plateformes disposent de mécanismes permettant de signaler certains contenus ou comptes.
Le signalement peut permettre de demander le retrait d'un contenu ou de limiter les interactions avec le compte concerné. Il ne remplace toutefois pas nécessairement une démarche judiciaire lorsque les faits sont susceptibles de constituer une infraction.
4. Sécuriser ses comptes
En parallèle :
- modifiez vos mots de passe
- activez l'authentification à deux facteurs
- vérifiez les appareils et sessions connectés
- contrôlez les paramètres de confidentialité
- évitez de communiquer de nouvelles informations personnelles à l'auteur des messages.
Si vous pensez qu'un compte a été compromis, n'essayez pas d'obtenir des informations en utilisant des outils de piratage ou des méthodes non autorisées.
5. Envisager un dépôt de plainte
Lorsque les faits impliquent notamment des menaces, du chantage, une diffusion non consentie de contenus privés, une usurpation d'identité ou des agissements répétés, une démarche auprès des autorités compétentes peut être envisagée.
Les éléments numériques conservés pourront alors être communiqués pour documenter les faits.
Pour les dossiers complexes ou présentant un enjeu important, l'avis d'un avocat peut également être utile.
Où porter plainte pour cyberharcèlement au Maroc ?
Plusieurs démarches peuvent être envisagées selon la nature des faits.
Signaler un contenu illicite : E-Blagh
La Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) propose la plateforme E-Blagh, destinée au signalement de contenus numériques illicites.
Elle peut notamment être utilisée pour signaler certains contenus liés à des menaces, au chantage, à des atteintes à la vie privée, à l'usurpation d'identité ou à d'autres faits illicites.
Il s'agit d'un mécanisme de signalement et non nécessairement d'un remplacement à une plainte formelle lorsque celle-ci est nécessaire.
Déposer une plainte auprès de la police ou de la Gendarmerie Royale
Une plainte peut être déposée auprès du commissariat compétent en zone urbaine ou de la Gendarmerie Royale dans les zones relevant de sa compétence.
Les éléments permettant de documenter les faits peuvent être présentés lors de la démarche.
Saisir le Procureur du Roi
Il est également possible de déposer une plainte auprès du Procureur du Roi près le tribunal compétent.
Le ministère public apprécie ensuite les suites à donner à la plainte au regard des faits et des éléments transmis.
Saisir la CNDP
Lorsque la situation concerne principalement l'utilisation ou la diffusion de données à caractère personnel, la CNDP dispose d'un mécanisme permettant aux personnes concernées de faire valoir leurs droits.
Cette démarche peut compléter, selon les circonstances, les autres voies disponibles.
À noter : les portails, coordonnées et procédures administratives peuvent évoluer. Il est recommandé de vérifier les informations officielles au moment de la démarche.
Que faire si l'auteur utilise un faux profil ?
Un pseudonyme ou un faux profil peut rendre difficile l'identification directe de l'auteur.
Il ne faut cependant pas tenter de « démasquer » soi-même cette personne par des moyens illégaux : piratage d'un compte, installation d'un logiciel espion, récupération frauduleuse de données ou accès non autorisé à un appareil.
L'identification technique d'un utilisateur peut nécessiter des informations détenues par une plateforme, un opérateur ou un autre prestataire. L'accès à ces informations relève des procédures et autorités compétentes.
Quel peut être le rôle d'un détective privé ?
Dans certaines situations, une enquête privée peut contribuer à documenter des faits accessibles légalement, vérifier des informations disponibles publiquement, établir une chronologie ou organiser les éléments déjà recueillis.
Un enquêteur privé peut notamment être sollicité pour :
- documenter une succession de faits
- vérifier des informations accessibles publiquement
- rechercher des éléments permettant de comprendre l'origine ou le contexte d'une campagne de harcèlement
- rassembler et organiser les informations disponibles légalement
- présenter les éléments recueillis de manière structurée.
Son rôle doit toutefois être clairement distingué de celui des autorités judiciaires.
Un détective privé ne dispose pas des pouvoirs d'un officier de police judiciaire. Il ne peut pas pirater un compte, intercepter des communications, contourner les dispositifs de sécurité d'une plateforme ou accéder clandestinement à des données.
Une enquête sérieuse doit donc rester dans le cadre légal applicable et respecter les droits des personnes et leur vie privée.
Photos ou vidéos privées diffusées sans consentement : que faire ?
La diffusion non consentie de photographies ou de vidéos privées nécessite une réaction rapide.
Conservez les éléments permettant de documenter la diffusion :
- captures d'écran
- URL
- comptes ayant publié ou relayé le contenu
- dates et heures disponibles
- échanges avec l'auteur ou les personnes ayant partagé le contenu.
Signalez ensuite le contenu à la plateforme et envisagez les démarches appropriées auprès des autorités compétentes.
Ne republiez pas les images ou vidéos pour démontrer qu'elles circulent. Conserver une preuve et diffuser publiquement un contenu privé sont deux choses différentes.
Selon la nature du dossier, un avocat peut également vous conseiller sur les démarches à entreprendre.
Que faire en cas de menaces ou de chantage ?
Les menaces et le chantage doivent être documentés avec soin.
Si l'auteur exige de l'argent, des photographies supplémentaires, une rencontre ou toute autre contrepartie en échange de la suppression d'un contenu ou de l'arrêt des menaces, conservez les échanges et évitez de multiplier les négociations.
Ne répondez pas à une menace par une autre menace.
Conservez les messages, les comptes utilisés, les coordonnées communiquées et les demandes formulées, puis envisagez rapidement les démarches appropriées.
En cas de danger physique immédiat pour la victime ou son entourage, la priorité doit être donnée à la sécurité des personnes et au contact avec les services compétents.
Les erreurs à éviter
Certaines réactions peuvent compliquer une situation déjà difficile.
Évitez notamment de :
- supprimer les conversations avant de les conserver
- publier publiquement l'identité supposée de l'auteur
- pirater son compte
- installer un logiciel espion sur son téléphone ou son ordinateur
- acheter des données personnelles obtenues illégalement
- transmettre des contenus privés à un grand nombre de personnes
- menacer l'auteur en retour
- modifier les fichiers ou éléments originaux
- faire appel à une personne proposant de « pirater » ou de « tracer » un compte.
Une démarche sérieuse doit reposer sur des éléments obtenus de manière licite.
À retenir
Le cyberharcèlement peut prendre des formes très différentes : menaces, chantage, usurpation d'identité, diffusion de contenus privés, campagnes de dénigrement ou utilisation abusive de données personnelles.
Au Maroc, plusieurs dispositions peuvent être concernées selon les faits, notamment certaines dispositions du Code pénal et le cadre relatif à la protection des données personnelles prévu par la loi 09-08.
La démarche consiste généralement à :
préserver les preuves → documenter les faits → sécuriser ses comptes → signaler les contenus → envisager les démarches auprès des autorités compétentes.
Lorsqu'il est nécessaire de rechercher ou de vérifier des informations accessibles légalement, une enquête privée peut également contribuer à documenter certains éléments du dossier.
Elle ne peut toutefois se substituer aux autorités judiciaires ni justifier une intrusion illégale dans la vie privée.
Besoin d'aide face à une situation de cyberharcèlement ?
Chaque situation présente ses propres caractéristiques. Lorsqu'il est nécessaire de documenter une succession de faits, de vérifier des informations accessibles légalement ou d'organiser les éléments déjà recueillis, une enquête privée peut être envisagée dans le respect du cadre légal marocain.
Maroc Investigation peut examiner votre situation de manière confidentielle afin de déterminer si une intervention d'enquête est pertinente et quelles démarches peuvent être envisagées.




